En Libye, on en sait un peu plus sur l'assassinat mardi 3 février à Zintan de Saïf al-Islam Kadhafi, fils cadet de Mouammar Kadhafi. Le parquet général de Tripoli a annoncé, tard dans la nuit de mardi à mercredi, l'ouverture d'une enquête sur sa mort. Alors que les questions et les accusations se multiplient sur les responsables de sa mort, le communiqué du bureau de procureur donne peu de détails.
La mort de Saïf al-Islam Kadhafi va certainement avoir des conséquences sur l'avenir du processus politique en Libye. Selon le bureau du procureur, les médecins et experts qui ont examiné la dépouille du fils cadet de l'ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi – qui a longtemps été considéré comme le successeur potentiel de son père – ont établi que « la victime avait été mortellement atteinte par balles », sans plus de précision.
Le communiqué ajoute qu'une procédure pénale pour tenter d'identifier et de retrouver les suspects a été engagée. Il ne donne pas plus d'explication sur l'état du corps ou sur le nombre de balles qui l'ont atteint.
Des tirs échangés
Mardi 3 février, le conseiller politique de Saïf al-Islam Kadhafi a précisé que les attaquants, qui étaient quatre, ont brouillé les communications autour de sa résidence, qu'ils ont débranché les caméras autour et à l'intérieur de la maison et ont sauté la clôture du jardin où il se trouvait lors de l'assassinat. Saïf al-Islam Kadhafi aurait échangé des tirs avec les assaillants.
La manière professionnelle dont cet assassinat a été effectué laisse entendre qu'il s'agit d'un commando bien entrainé pour ce genre d'opération. Selon un collègue journaliste que l'on a pu joindre à Zintan, la dépouille de Saïf al-Islam Kadhafi a été remise ce matin à la tribu Kadhafi et aux proches.
Avec l'assassinat de Saïf al-Islam, le retour au pouvoir du clan Kadhafi s'éloigne
Près de quinze ans après la mort de Mouammar Kadhafi, tué à Syrte en 2011, l’assassinat de son fils Saïf al-Islam, mardi 2 février à Zintan, dans le nord-ouest de la Libye, résonne comme la fin probable du kadhafisme. Dernier héritier politique, il restait, pour les tribus libyennes et – surtout pour son clan –, un symbole du retour des Kadhafi au pouvoir.
La mort de Saïf al-Islam Kadhafi va certainement avoir des conséquences sur l'avenir du processus politique en Libye. Aucun autre membre du clan ne bénéficie aujourd’hui de sa popularité ni de son influence.
Selon plusieurs observateurs, « cet assassinat pourrait également avoir des répercussions sur les parties rivales en Libye ». La disparition d’une figure perçue comme capable de rassembler « ne serait pas forcément dans l’intérêt du pays », selon les mêmes sources.
Pour Virginie Collombier, docteure en sciences politiques et professeure à l'université Luiss Guido Carli de Rome, la mort de Saïf al-Islam profite à un certain nombre d'acteurs politiques qui le percevaient comme un rival.
Saïf al-Islam Kadhafi reprenait le flambeau d'une Libye unie et qui était rassemblée autour d'un grand projet de réconciliation nationale. Ce n'était pas quelque chose de bien vu de la part des deux principaux centres de pouvoir qui voyaient la perspective d'une troisième composante comme un possible danger pour leurs capacités à se mettre d'accord et à partager le gâteau du pouvoir et des ressources.
Virginie Collombier, docteure en sciences politiques et professeure à l'université Luiss Guido Carli de Rome
Par Houda Ibrahim
La réconciliation nationale, première victime
La réconciliation nationale libyenne apparaît comme la première victime de l'exécution de Saif al-Islam. Déjà fragile, réunir les Libyens dans un dialogue s’est avéré impossible. Pas moins de sept envoyés spéciaux onusiens ont échoué jusqu'ici, dénonçant le peu de volonté des parties au pouvoir de s'impliquer dans cette réconciliation.
Cela a été le cas, à titre d’exemple, en 2019 quand l'administration américaine a donné au maréchal Khalifa Haftar le feu vert pour attaquer Tripoli, dix jours avant la date prévue. Une séquence qui avait conduit à la démission de l’envoyé onusien Ghassan Salamé.
Un processus politique fragilisé
Saif al-Islam est la troisième personnalité de haut niveau tuée au cours des derniers mois. Une multiplication des « assassinats politiques » qui inquiète les experts, lesquels craignent une déstabilisation de l’équilibre interne du pays et une remise en cause du processus politique en cours.
Son assassinat intervient en outre à un moment sensible, alors que les Nations unies tentaient de relancer une nouvelle formule de dialogue national, avec une échéance évoquée pour novembre prochain.
Des efforts qui pourront, à nouveau, ne pas aboutir. « Le risque maintenant, c’est que ce processus de dialogue soit sérieusement perturbé », a averti sur notre antenne la spécialiste de la Libye Virginie Collombier. Dans ce contexte, un regain de tensions n’est pas exclu.
Enfin, des acteurs régionaux et internationaux pourraient tirer profit de la disparition de Saïf al-Islam Kadhafi. Ce dernier exprimait souvent son désaccord avec la gestion actuelle de la Libye, qu’il jugeait largement influencée par des puissances étrangères, notamment les États-Unis et la Turquie.
Africa24monde avec RFI