Le Tchad ordonne le rappel immédiat de ses diplomates dans le monde
Le ministère tchadien des Affaires étrangères et de l’Intégration ...
© Le ministre des Affaires étrangères Joseph Wu
La conférence ministérielle est l’organe décisionnel suprême de l’OMC et se tient tous les deux ans. Ce sera la première fois que Taiwan ne participera pas à une conférence ministérielle depuis son adhésion à l’OMC, sous le nom de Territoire douanier distinct de Taiwan, Penghu, Kinmen et Matsu, lors de la quatrième conférence ministérielle, en 2001.
Pour la première fois en 23 ans d’histoire au sein de l’OMC, Taïwan vient de claquer la porte d’une conférence ministérielle majeure — et c’est le Cameroun qui en est directement responsable.
Du 26 au 29 mars 2025, Yaoundé accueille la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’événement commercial multilatéral le plus important de la planète. Plus de 160 membres devaient y siéger. Mais l’un d’eux sera absent : Taïwan. Un retrait inédit, provoqué par une formulation diplomatique explosive dans les documents de visa camerounais, qui révèle en réalité un choix politique assumé de Yaoundé — et une faute administrative difficile à ignorer.
La décision du Cameroun de désigner Taïwan comme une province de Chine dans le cadre de la conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé n’est pas une « erreur », mais l’expression d’une cohérence diplomatique rigoureuse en phase avec le Droit International et les principes qui fondent sa diplomatie.
Le ministère des Affaires étrangères a fermement condamné, le 20 mars à Taipei, la République du Cameroun, pays hôte de la quatorzième conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), pour avoir entravé le droit de Taiwan à participer sur un pied d’égalité à cet événement qui se tiendra du 26 au 29 mars à Yaoundé
Selon Taiwaninfo, la délégation taïwanaise devait être conduite par Yang Jen-ni, ministre sans portefeuille et représentante en chef au commerce. Cependant, la notification de pré-inscription adressée par le Cameroun à Taiwan avant le départ de la délégation désignait par erreur Taiwan comme une « province de Chine », portant gravement atteinte à son statut, explique le ministère des Affaires étrangères. La Mission permanente du Territoire douanier distinct de Taiwan, Penghu, Kinmen et Matsu auprès de l’OMC a demandé l’intervention du Secrétariat de l’organisation, et les missions du Japon, des Etats-Unis et des pays alliés ont également plaidé en ce sens.
Ce qui s’est passé
Tout commence avant même le départ de la délégation taïwanaise. En préparant les documents de visa nécessaires à l’entrée sur le territoire camerounais, les autorités de Yaoundé désignent l’île sous le nom de « Taïwan, province de Chine ». Pour Taipei, c’est une ligne rouge absolue.
Le ministère taïwanais des Affaires étrangères réagit immédiatement en formulant une « vive protestation » auprès du Cameroun. La réponse camerounaise ? Une « exemption de visa » censée débloquer la situation. Mais ce nouveau document cumule les anomalies : aucune mention de la nationalité des voyageurs, des fautes d’orthographe sur plusieurs noms anglais, et — détail qui dépasse la simple négligence — la quasi-totalité des membres de la délégation taïwanaise y sont indiqués comme étant des femmes, ce qui est factuellement inexact.
Face à ces erreurs en cascade, Taipei tire une conclusion claire : le Cameroun « n’avait aucune intention sincère de résoudre le problème ». Le 24 mars, Taïwan annonce officiellement son retrait. C’est une première dans l’histoire de l’OMC.
Le droit international, tel que défini par la Résolution 2758 de l’Assemblée générale des Nations Unies (adoptée en 1971), reconnaît la République populaire de Chine comme l’unique représentant légitime de la Chine auprès de l’organisation.
En s’alignant sur cette terminologie, le Cameroun respecte ses engagements internationaux et la charte de l’ONU.Pour la vaste majorité de la communauté internationale, dont le Cameroun fait partie, Taïwan n’est pas un État souverain au sens du droit international classique, mais une entité faisant partie intégrante de l’ensemble chinois.
Ce qui se passe à Yaoundé n’est pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une stratégie globale et méthodique de Pékin visant à effacer Taïwan de la scène internationale.
Depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949, la Chine considère Taïwan comme une province rebelle destinée à être réunifiée — par la force si nécessaire. Elle exerce une pression constante sur les organisations internationales, les entreprises et les gouvernements pour qu’ils n’utilisent jamais les termes « Taïwan » ou « République de Chine » (nom officiel du gouvernement taïwanais) dans leurs documents officiels.
Bien que Taïwan siège à l’OMC sous le nom de « Territoire douanier distinct », cette appellation est une spécificité technique liée au commerce mondial qui ne saurait prévaloir sur la reconnaissance politique et diplomatique d’un État.
Taïwan a rejoint l’OMC en 2002, non pas sous son nom officiel, mais sous l’appellation technique de « Territoire douanier distinct de Taïwan, Penghu, Kinmen, Matsu (Taipei Chinois) » — un compromis laborieux qui lui permet de participer sans déclencher un veto chinois. Depuis lors, Taipei avait toujours réussi à prendre part aux conférences ministérielles. Jusqu’à aujourd’hui.
En Afrique, cette bataille diplomatique est particulièrement intense. Sur les 54 pays du continent, seul Eswatini reconnaît officiellement Taïwan. Les 53 autres, dont le Cameroun, ont choisi Pékin. Ce choix n’est pas anodin : il se traduit concrètement dans la façon dont ces États traitent les représentants taïwanais.
Pour la Chine, Taiwan est en train de se "couvrir de honte"
La Chine entretient des relations particulièrement conflictuelles avec les autorités insulaires depuis une dizaine d'années et l'arrivée au pouvoir sur l'île du Parti démocrate progressiste, une formation politique aux positions traditionnellement indépendantistes.
"La tentative des autorités du Parti démocrate progressiste de manipuler la question de la participation (à cette réunion de l'OMC) à des fins politiques est absolument méprisable", a réagi mardi Lin Jian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
"Leurs manœuvres provocatrices visant à obtenir l'indépendance sont vouées à l'échec et ne feront que les couvrir de honte", a-t-il dit lors d'un point presse régulier. L'OMC, elle, a refusé de commenter.
La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas encore réussi à unifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. Elle s'oppose ainsi à tout ce qui paraîtrait conférer à Taïwan, reconnu diplomatiquement par seulement une dizaine de pays dans le monde, le statut d'Etat indépendant.
Africa24monde Par Tinno BANG MBANG