Assemblée générale de l'ONU et Minusca : Le Cameroun en ambassadeur de la paix mondiale
Continuer d’investir dans la recherche de la paix, malgré tout. Continuer de ...
© Paul Biya, président camerounais au pouvoir depuis 1982
Ce qu’il y a de profondément inquiétant avec les successeurs putatifs du président Paul Biya, ou ceux qui se proclament tels, c’est qu’ils tentent par tous les moyens de rester au pouvoir, de maintenir le système. Non pas qu’ils n’aient pas le droit, comme chaque Camerounais de vouloir diriger leur pays, mais simplement parce que l’intérêt général et le destin du Cameroun ne sont pas le carburant de leurs ambitions.
Ils veulent simplement récupérer le pays, y compris par des tours de passepasse constitutionnels, pour être sûrs de créer les conditions qui leur permettraient de continuer à jouir impunément des inestimables richesses pillées avec la bienveillance du président finissant - ou fini -, c’est selon. En réalité, ils n’ont pour seul dessein que de perpétuer la culture de la jouissance héritée de presque un demi-siècle de biyaisme.
Demandez-leur comment ils voient l’administration publique camerounaise post-Biya : ils ne vous diront rien.
Demandez-leur comment ils comptent revitaliser la démocratie camerounaise et cultiver le vivre-ensemble, victimes d’un ensauvagement sans précédent : ils resteront muets.
Demandez-leur comment ils espèrent redonner confiance aux institutions : ils n’en sauront pas grand-chose.
Demandez-leur comment ils vont réparer les infrastructures routières, donner un visage plus reluisant à nos villes, offrir l’eau et l’électricité à leurs compatriotes : ils n’en auront cure.
Demandez-leur quelle vision ils ont de la diplomatie camerounaise, complètement moribonde, avec des diplomates parmi les plus anciens et les plus inutiles à leurs postes dans le monde : ils resteront cois.
Demandez-leur comment ils comptent lutter contre la corruption, les détournements de fonds publics, l’enrichissement illicite et restaurer l’éthique au cœur du fonctionnement de l’État : ils vous riront au nez. Qui a jamais fait une réforme qui le condamne lui-même ?
On reconnaît qu’un chef a réussi à la qualité de ses héritiers et de ceux qui se réclament de lui. Devenu vieux et diminué, ses ayants droit reprennent la main, en bons régents, et assurent la continuité de l’État sans que personne ne soupçonne qu’il est désormais inapte à diriger lui-même. Vu sous ce prisme, Paul Biya a lamentablement échoué.
S’il avait produit des hommes d’État pendant son demi-siècle de règne, tous se mettraient ensemble — qu’importe leurs différends personnels — pour penser la reconstruction du pays et poursuivre l’œuvre du maître.
C’est dur, mais il faut oublier le président Paul Biya. Il a vécu. Il est déjà passé à la postérité. Dieu, auquel il dit croire, et l’histoire se chargeront de le juger ainsi que son œuvre.
Le Cameroun, lui, puisqu’il est au-dessus de tout le monde, ne doit pas attendre. Il n’est plus seulement dangereusement penché : il est couché de tout son long.
L’après-Biya devrait être une occasion historique de reconstruction générale du pays sur des bases saines. Il ne manque que des bras courageux, volontaires et patriotiques pour effectuer le travail. Tous les chantiers sont urgents.
Africa24monde Par Jean-Bruno Tagne