En 2025, l'Afrique a gagné en visibilité diplomatique
Si 2025 a été marquée par l'omniprésence de Donald Trump, ...
© Daniel Mukoko Samba, VPM, ministre de l’Economie
Au lendemain de sa signature à Washington, sous les auspices de l’administration américaine de Donald Trump, le partenariat stratégique entre les États-Unis et la République démocratique du Congo continue de susciter de vives réactions dans l’environnement sociopolitique congolais.
Si le gouvernement y voit un signal fort de confiance mutuelle entre Kinshasa et Washington, plusieurs voix critiques dénoncent un prétendu bradage des ressources nationales, estimant que l’accord servirait avant tout à préserver le régime en place au détriment des intérêts du pays.
Face à ces accusations, le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a tenu à défendre vigoureusement le contenu et les objectifs du partenariat. Lors d’un briefing de presse tenu le mardi 30 décembre 2025, il a rejeté toute idée de bradage, présentant l’accord comme une réponse structurelle aux pillages des minerais congolais, souvent perpétrés, selon lui, par des acteurs nationaux en collusion avec des États voisins.
« Parlons du coltan. Le monde consomme environ 2 000 tonnes de coltan par an pour faire fonctionner nos téléphones, tablettes et autres gadgets. Près de la moitié de cette production provient de la RDC, notamment de la mine de Rubaya. Est-il normal que cette richesse continue d’être exploitée dans ces conditions ? Est-il normal que des pays qui ne sont pas de grands producteurs d’or figurent aujourd’hui parmi les principaux exportateurs du continent, alors que tout le monde sait que cet or vient de la RDC ? Voilà le véritable pillage », a déclaré Daniel Mukoko Samba.
Le patron de l’Économie nationale a poursuivi en évoquant des données récentes sur l’augmentation des exportations de coltan en provenance du Rwanda, qu’il considère comme une illustration flagrante de ce pillage.
« Des chiffres crédibles montrent que, entre janvier et juin, les exportations rwandaises de coltan ont augmenté de 213 %. C’est cela le bradage. C’est cela le pillage qui dure depuis des décennies. Et cet accord vise précisément à y mettre un terme, en remplaçant le régime actuel de prédation par un modèle fondé sur de véritables investissements, des mines industrielles respectant les normes internationales », a-t-il ajouté.
Se référant à l’article 11 du partenariat stratégique, Daniel Mukoko Samba a insisté sur la convergence des intérêts entre la RDC et les États-Unis, notamment en matière d’accès aux minerais critiques.
« Il est prévu la création d’une réserve stratégique de minerais sur le territoire congolais. Prenons l’exemple du cobalt : la RDC fournit près de 70 % du cobalt mondial. Lorsque nous avons suspendu les exportations en février, les prix, qui chutaient depuis deux ans, sont passés de 20 000 dollars la tonne à plus de 52 000 dollars aujourd’hui. Cela démontre notre poids réel sur le marché mondial », a-t-il illustré.
Dans un contexte où les stocks de cobalt sont majoritairement constitués à l’étranger, l’accord prévoit, selon lui, la mise en place de réserves stratégiques en RDC afin de renforcer la capacité du pays à influencer les marchés.
« Nous ne disposons pas aujourd’hui de stocks de cobalt sur notre propre territoire. Cet accord prévoit justement la constitution d’une réserve stratégique, notamment pour le cobalt, une ressource essentielle pour les économies industrielles et les industries de défense. Loin de constituer un bradage, ce partenariat vise à formaliser l’exploitation minière et à résoudre les problèmes liés à l’exploitation artisanale », a-t-il souligné.
Le partenariat stratégique USA–RDC a été signé à Washington pour encadrer et accélérer une série de projets jugés prioritaires pour l’industrialisation du pays, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et le développement d’infrastructures clés. Anciennement désigné comme un « deal minier », il constitue l’un des volets des accords de Washington conclus sous l’égide de l’administration Trump.
Conformément aux termes de l’accord, la RDC devra transmettre, dans les trente jours suivant son entrée en vigueur, une première liste des « DRC Designated Strategic Projects », regroupant les projets considérés comme essentiels à la transformation économique du pays. Ces projets devront favoriser la création d’emplois, l’augmentation de la valeur ajoutée locale, le renforcement des infrastructures énergétiques et logistiques, ainsi que la stabilisation des zones riches en ressources naturelles.
Dans le même délai, Kinshasa devra également soumettre une liste initiale d’actifs miniers et de zones d’exploration classés dans la Strategic Asset Reserve (SAR), un mécanisme dédié aux minerais critiques et à l’or. Ces actifs pourront inclure des concessions existantes ou des périmètres encore non attribués, les États-Unis bénéficiant d’un droit de première offre sur tout projet notifié dans ce cadre.
L’accord identifie enfin plusieurs chantiers structurants prioritaires, dont la réhabilitation de la ligne ferroviaire RDC–Angola dans le cadre du corridor Sakania–Lobito, présenté comme un axe stratégique pour l’exportation du cuivre, du cobalt et du zinc. Les deux parties entendent synchroniser les travaux avec l’Angola et mobiliser des financements publics et privés, y compris via des institutions financières multilatérales.
Africa24monde Par Clément Muamba