© Les autorités tchadiennes, les représentants de l'Union européenne et les partenaires du projet posent ensemble après la remise officielle du camp militaire de Wour, infrastructure stratégique destinée à renforcer la présence des Forces armées tchadiennes dans le nord du pays.
Après le divorce, le rabibochage. Un an et demi après le renvoi des quelque 1 000 soldats français basés au Tchad, le 30 janvier 2025, Paris et N’Djamena avancent sur la reprise de leur coopération militaire. Objectif : retisser un partenariat plus discret et bénéfique à chacun, sans emprises françaises permanentes, comme c’était le cas auparavant.
Le camp stratégique de Wour, au cœur d’un partenariat sécuritaire de 63 millions d’euros
Un an et demi après l’éviction brutale des soldats français basés au Tchad, Paris et N’Djamena avancent sur la reprise de leur coopération militaire bilatérale.
L’Union européenne a officiellement remis jeudi aux autorités tchadiennes le camp militaire de Wour, dans le massif du Tibesti, au terme d’un chantier de plusieurs années présenté comme l’un des projets d’infrastructure militaire les plus ambitieux jamais financés par Bruxelles au Tchad.
Situé à plus de 1 400 kilomètres de N’Djamena, à proximité des frontières avec la Libye et le Niger, le camp constitue désormais une base permanente destinée à accueillir un bataillon des Forces armées tchadiennes chargé de sécuriser l’une des zones les plus sensibles du nord du pays.
Au-delà de la remise des clés d’un camp militaire, la cérémonie marque l’aboutissement d’un vaste programme lancé en 2017 par l’Union européenne pour soutenir la Force conjointe du G5 Sahel, créée afin de lutter contre les groupes armés, les trafics transfrontaliers et l’instabilité qui affectent le Sahel depuis plus d’une décennie.
« Cette cérémonie constitue bien davantage qu’une remise d’infrastructures. Elle représente une nouvelle étape dans le renforcement de la coopération entre l’Union européenne et la République du Tchad dans les domaines de la sécurité et de la défense », a déclaré Amador Sánchez Rico, ambassadeur de l’Union européenne au Tchad, lors de son allocution.
Un investissement stratégique
Le projet européen d’appui à la Force conjointe du G5 Sahel représente un financement global de plus de 213 millions d’euros. Sur cette enveloppe, près de 63 millions d’euros ont été consacrés au seul Tchad, faisant du pays l’un des principaux bénéficiaires du programme régional.
Outre la construction du camp de Wour, l’appui européen a permis la livraison de véhicules blindés et logistiques, de motos tout-terrain, de drones, de moyens de communication, d’équipements de vision nocturne, de protection individuelle et de lutte contre les engins explosifs improvisés, afin d’améliorer la mobilité, la protection et les capacités opérationnelles des forces tchadiennes.
Le programme comprend également un soutien au bataillon basé à Kouri Bougoudi, autre point stratégique du nord tchadien.
Un projet né du G5 Sahel
Le projet trouve son origine dans la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel au cours des années 2010. Créé en 2014, le G5 Sahel réunissait initialement le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad avant de mettre sur pied, en 2017, une force conjointe de près de 5 000 hommes destinée à intervenir dans les zones frontalières.
Les retraits successifs du Mali, puis du Burkina Faso et du Niger, ont profondément transformé cette architecture régionale, laissant aujourd’hui le Tchad et la Mauritanie comme derniers contributeurs à la Force conjointe. Malgré cette évolution, l’Union européenne a poursuivi son engagement, notamment à travers l’achèvement du camp de Wour.
Un chantier hors norme dans le désert
La réalisation de cette infrastructure a représenté un défi logistique exceptionnel. Implanté dans une région désertique et volcanique du Tibesti, le chantier a nécessité l’acheminement, sur plus de 1 400 kilomètres de pistes, de chaque tonne de ciment, de chaque litre de carburant, de chaque équipement et de chaque réserve d’eau indispensable aux travaux.
À ces contraintes se sont ajoutées les tempêtes de sable, les fortes chaleurs, l’isolement du site, les difficultés d’approvisionnement et même une crise nationale du carburant qui a retardé le chantier de plusieurs mois avant qu’une solution logistique ne soit trouvée.
Pour l’ambassadeur de l’Union européenne, « derrière les infrastructures que nous remettons aujourd’hui, il y a une réalité que chacun mesure ici : construire dans le Tibesti est un défi exceptionnel ». Il a salué « la ténacité des équipes sur le terrain » ainsi que la coopération entre Expertise France, les entreprises mobilisées et les autorités tchadiennes.
Consolider la présence militaire au nord
Le camp de Wour est appelé à devenir un point d’appui majeur pour la surveillance des frontières avec la Libye et le Niger. L’infrastructure comprend notamment un poste de commandement bataillonnaire, des installations destinées à accueillir durablement les militaires ainsi qu’une piste d’aviation réhabilitée afin de faciliter le ravitaillement et les opérations dans cette région particulièrement enclavée. L’objectif affiché est de renforcer durablement la présence militaire tchadienne dans le nord du pays.
Pour Bruxelles, cet investissement répond à une logique de sécurité partagée. « Lorsque l’Union européenne investit dans la sécurité du Sahel, elle investit également dans sa propre sécurité », a souligné le diplomate européen, estimant que les menaces transfrontalières auxquelles fait face le Tchad concernent également les intérêts sécuritaires européens.
L’Union européenne rappelle également avoir financé d’autres projets majeurs dans le domaine de la défense au Tchad, notamment l’École nationale des sous-officiers de Kalaït, tout en poursuivant son appui à la Force multinationale mixte engagée contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.
Avec la restitution officielle du camp de Wour, Bruxelles affirme ouvrir une nouvelle phase de son partenariat stratégique avec N’Djamena, fondée sur le renforcement des capacités nationales plutôt que sur un engagement militaire direct.
Par Africa24monde