Les États-Unis veulent une nouvelle OTAN avec l’Ukraine sans la France
Les États-Unis annoncent de plus en plus leur volonté de quitter l’OTAN. Ils ...
© Photo d'archives du président américain Donald Trump lors du sommet de l'OTAN à La Haye. (Beata Zawrzel/Zuma Press)
Un courriel du Pentagone, très commenté par la presse étrangère, suggère de sanctionner les membres de l’Alliance atlantique qui ne soutiennent pas Washington dans sa guerre au Moyen-Orient, au premier rang desquels l’Espagne. Les Américains ne disposent toutefois que d’une faible marge de manœuvre pour arriver à leurs fins.
L’Espagne apparaît de nouveau “au cœur des tensions au sein de l’Otan”, constate le site madrilène El Confidencial. Dans un courriel interne au Pentagone, dévoilé le 24 avril par l’agence de presse Reuters, “diverses options de représailles” sont étudiées par la défense américaine pour punir les pays membres de l’Alliance atlantique qui ne soutiennent pas les États-Unis dans sa guerre contre l’Iran, déroule le média espagnol.
Parmi ces options, figure la possibilité de suspendre la participation de l’Espagne à l’organisation. Un État qui en fait partie depuis 1982. El Confidencial se demande donc si les États-Unis peuvent réellement faire expulser l’Espagne de l’Otan, avant de tuer tout suspense : “La réponse est un ‘non’ catégorique.”
Le Traité de Washington, acte fondateur de l’Alliance entré en vigueur en août 1949, “prévoit la possibilité pour un pays de quitter volontairement l’organisation, mais pas celle d’en être exclu contre son gré”, précise El País, journal généraliste le plus lu d’Espagne. “En 75 ans d’histoire”, jamais un État n’a été exclu de l’Otan, complète El Confidencial.
“Trump ne sait pas comment s’y prendre”
Entre menaces de Donald Trump et sérénité de Pedro Sánchez, la crise diplomatique s'intensifie.Après la fuite d'un email du Pentagone suggérant des sanctions contre l'Espagne pour son refus de soutenir la guerre contre l'Iran, l'OTAN rappelle qu'aucune règle ne permet d'exclure un membre.
L'Alliance atlantique a rappelé vendredi qu'aucun article de son traité fondateur ne prévoit la suspension ou l'exclusion d'un de ses membres. Une déclaration qui suit la publication par l'agence de presse Reuters d'informations selon lesquelles les États-Unis envisageraient de sanctionner l'Espagne pour son refus de soutenir la guerre contre l'Iran.
Selon Reuters, qui cite un responsable américain anonyme, un courrier électronique interne au Pentagone aurait circulé au sein des hautes sphères du département de la Défense américain, évoquant plusieurs options pour "punir" les alliés de l'OTAN jugés défaillants. Parmi elles: suspendre des pays "difficiles" de postes importants au sein de l'Alliance, ou encore remettre en question le soutien diplomatique américain à certains territoires européens, comme les îles Malouines, dont le Royaume-Uni et l'Argentine se disputent la souveraineté.
Un responsable de l'OTAN a rappelé à la chaîne britannique BBC que le traité fondateur de l'Alliance "ne prévoit aucune disposition pour la suspension ou l'expulsion d'un membre". La porte-parole du Pentagone, Kingsley Wilson, n'a pas démenti l'existence de ces réflexions internes. Elle a déclaré que le département de la Défense "fera en sorte que le président dispose d'options crédibles pour que nos alliés ne soient plus des tigres de papier". Elle n'a pas commenté spécifiquement la situation de l'Espagne.
"Pas d'inquiétude" pour Sanchez, présent à Nicosie, à Chypre, pour un sommet des dirigeants de l'Union européenne, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a balayé ces informations d'un revers de main. "L'Espagne est un partenaire fiable au sein de l'OTAN et nous remplissons nos obligations", a-t-il déclaré. "Donc, pas d'inquiétude."
Il a également mis en doute la portée de l'email en question ."Nous ne travaillons pas sur la base d'e-mails, nous travaillons sur la base de documents officiels et de prises de position que le gouvernement des États-Unis formule."
Depuis fin février, Pedro Sanchez s'est opposé à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, devenant le fer de lance des voix s'élevant en Occident contre les hostilités qui ont embrasé le Moyen-Orient. Madrid a notamment refusé de laisser Washington utiliser ses bases militaires en Andalousie pour mener des frappes aériennes contre Téhéran.
"Les pays européens ont bien plus besoin du détroit d'Ormuz que nous"
Donald Trump a ainsi menacé de "cesser tout commerce" entre les deux pays, et reproche depuis plusieurs mois à Madrid de refuser d'augmenter ses dépenses militaires à 5 % de son PIB d'ici 2035, comme convenu lors du sommet de l'Alliance l'an dernier à La Haye. L'Espagne, elle, estime pouvoir atteindre ses objectifs de capacités militaires en limitant ses dépenses à 2 % de son PIB.
La tension entre Washington et ses alliés européens a encore monté d'un cran vendredi 23 avril lors d'une conférence de presse du secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth. "Le temps du voyage gratuit est terminé. L'Amérique et le monde libre méritent des alliés capables, loyaux, et qui comprennent qu'être un allié n'est pas à sens unique", a-t-il lancé, avant d'ajouter: "Nous ne comptons pas sur l'Europe, mais ils ont bien plus besoin du détroit d'Ormuz que nous, et ils feraient mieux de moins parler et d'aller chercher un bateau. C'est beaucoup plus leur combat que le nôtre."
Les alliés européens plaident pour l'unité
Face à ces tensions, plusieurs dirigeants européens ont tenu à afficher leur solidarité envers Madrid. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a appelé les membres de l'OTAN à "rester unis", présentant l'Alliance comme une "source de force". Un porte-parole du gouvernement allemand a quant à lui affirmé que la présence de l'Espagne dans l'OTAN "n'était pas en question".
Le Royaume-Uni, dont les bases ont été utilisées par les États-Unis pour des frappes contre des sites iraniens ciblant le détroit d'Ormuz, se retrouve lui aussi dans le collimateur de Washington. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a insisté sur le fait qu'une implication plus grande dans la guerre ou dans le blocus américain des ports iraniens n'était pas dans l'intérêt du Royaume-Uni.
Qu’en est-il des Malouines?
Le courrier électronique du Pentagone évoquait également une possible évolution de la position américaine sur les îles Malouines, connues en anglais sous le nom de Falkland, en représailles au manque de soutien britannique à la guerre contre l'Iran. Un porte-parole du département d'État américain a toutefois affirmé vendredi auprès de l'Agence France Presse que Washington restait "neutre" sur la question de la souveraineté contestée de cet archipel de l'Atlantique Sud.
"Nous sommes conscients de l'existence de revendications de souveraineté conflictuelles entre l'Argentine et le Royaume-Uni", a-t-il déclaré, précisant que les États-Unis reconnaissent "l'administration de facto du Royaume-Uni" sur les îles, sans pour autant prendre parti dans ce différend territorial.
Le courriel du Pentagone indique que le mémo ne suggère ni un retrait américain de l'Alliance, ni la fermeture des bases américaines en Europe.
Par Africa24monde avec Regard Sur l'Afrique