Angola : Le yuan s’impose au cœur de la finance africaine, nouveau revers pour l’hégémonie du dollar
Le mouvement est discret, presque technique. Pourtant, il en dit long sur les profondes ...
© Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty avec le ministre thaïlandais de l’Industrie, Varawut Silpa-archa. À Bangkok le 11 octobre 2026
Avec plus de 1,4 milliard d’habitants, une urbanisation rapide et une consommation en hausse, l’Afrique attire davantage de partenaires commerciaux. En 2026, la Thaïlande renouvelle son intérêt pour le continent, avec la volonté de diversifier ses débouchés et de multiplier les opportunités d’affaires.
La Thaïlande multiplie les initiatives pour renforcer ses relations économiques avec les pays africains. Le 11 octobre, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a entamé une visite officielle à Bangkok, la première d’un chef de la diplomatie égyptienne en Thaïlande depuis trente ans. Selon les autorités, l’un des principaux objectifs de cette visite est le renforcement des relations bilatérales entre les deux pays.
D’après les informations relayées par le Service d’information de l’État égyptien (SIS), les discussions avec le ministre thaïlandais de l’Industrie, Varawut Silpa-archa, ont porté sur des projets de production conjointe dans des secteurs prioritaires, notamment le caoutchouc, la pétrochimie et les pneumatiques, domaines dans lesquels la Thaïlande dispose d’avantages compétitifs. Pour les entreprises thaïlandaises, ces pistes de coopération pourraient ouvrir de nouvelles perspectives commerciales sur les marchés égyptien et régionaux, tandis que l’Égypte entend renforcer ses capacités industrielles en attirant des partenaires étrangers.
Ce rapprochement avait déjà été évoqué le 14 mai 2026, lors d’une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, en marge d’une réunion des BRICS à New Delhi. Les discussions avaient alors porté sur le développement des échanges de produits agricoles et alimentaires, ainsi que sur le rôle de l’Égypte comme porte d’entrée vers les marchés africains pour les entreprises thaïlandaises. La visite d’octobre intervient ainsi dans le prolongement de ces échanges, avec des pistes de coopération industrielle plus précises.
Afrique du Sud, Ghana, Nigeria et Éthiopie en ligne de mire
Le rapprochement avec Le Caire s’inscrit dans une série d’initiatives menées par Bangkok auprès d’autres partenaires africains en 2026. Le 25 septembre, l’Agence thaïlandaise de coopération internationale (TICA) et l’université Kasetsart ont signé un protocole d’accord portant sur le renforcement des capacités agricoles et halieutiques au Nigeria, notamment par le transfert de connaissances et de technologies.
Quelques semaines auparavant, du 25 au 28 août, le vice-Premier ministre et ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, avait effectué une tournée officielle au Nigeria et en Éthiopie, accompagné d’une délégation du secteur privé. Cinq documents de coopération ont été signés durant cette visite, portant sur la coopération technique, les consultations politiques et les relations entre les chambres de commerce. Bangkok a également annoncé son intention de rouvrir une ambassade à Addis-Abeba.
En outre, une délégation thaïlandaise s’était rendue en juin 2026 au Ghana pour identifier des possibilités d’investissement dans l’agro-industrie, les technologies agricoles et la transformation des produits agricoles.
Plus tôt, en mars, la Thaïlande et l’Afrique du Sud étaient convenues d’organiser, d’ici à la fin de l’année 2026, la prochaine réunion de leur comité conjoint sur le commerce (JTC), avec l’objectif de la porter au niveau ministériel. Cette initiative vise à renforcer les échanges commerciaux et à faciliter les investissements bilatéraux. En 2025, les échanges commerciaux bilatéraux entre les deux pays ont atteint 4 milliards de dollars, selon les données officielles, faisant déjà de Pretoria le premier partenaire commercial africain de la Thaïlande.
Un intérêt renouvelé pour l’Afrique
La multiplication de ces initiatives intervient alors que Bangkok remet l’Afrique au centre de ses priorités diplomatiques et économiques. Le 28 août 2026, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a présidé à Addis-Abeba, en Éthiopie, une cérémonie marquant la relance de la Thailand-Africa Initiative (TAI). Lancé en 2013 et réactivé en décembre 2025, ce cadre de coopération vise à structurer les relations de la Thaïlande avec le continent autour de quatre piliers : la coopération politique, les relations économiques, le développement et la coopération stratégique internationale.
Cette orientation diplomatique répond également à un objectif commercial explicite. Le 8 mars 2026, le ministère thaïlandais du Commerce a présenté une stratégie de résilience des exportations visant à diversifier les débouchés du pays vers de nouveaux marchés, dont l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, afin de réduire sa dépendance à quelques partenaires traditionnels.
Le 23 juillet, cette stratégie s’est notamment traduite par l’organisation, à Bangkok, du Sourcing Forum from Middle East and Africa 2026. Le Département de la promotion du commerce international (DITP) y a réuni plus de 30 importateurs d’Afrique et du Moyen-Orient et plus de 130 entreprises thaïlandaises pour faciliter les négociations commerciales. Les 614 rencontres d’affaires organisées ont débouché sur une valeur commerciale annoncée de 1,08 milliard de bahts (29,8 millions de dollars), pour le Moyen-Orient et l’Afrique réunis.
Le DITP a toutefois souligné plusieurs obstacles au développement des exportations thaïlandaises vers l’Afrique, notamment les barrières linguistiques, les difficultés liées aux paiements, les longs délais de transport et la faible notoriété de certains produits thaïlandais sur le continent.
Pour l’heure, les initiatives de 2026 témoignent de la volonté de Bangkok de structurer davantage ses relations avec les marchés africains. Reste à transformer cette intensification diplomatique et commerciale en résultats économiques mesurables.
Par Africa24monde avec Ecofin Par Stéphanas Assocle