Tunisie: l'opposant Rached Ghannouchi dans un état «critique», selon ses avocats
Les avocats de Rached Ghannouchi, figure de l'opposition tunisienne en prison, ont ...
©
Vingt pays africains travaillent à un cadre commun défendant la famille, la souveraineté culturelle et la primauté des parents. Une initiative aussitôt qualifiée de dangereuse par ceux qui expliquent depuis des décennies à l’Afrique comment elle doit vivre, produire, voter et désormais définir un homme et une femme. Pendant ces diversions, le néo-colonialisme continue.
Une charte pour protéger la famille africaine
Réunis à Accra, au Ghana, des parlementaires, responsables politiques, autorités traditionnelles et représentants religieux venus de plus de vingt pays ont avancé sur un projet de Charte africaine de la famille, de la souveraineté et des valeurs.
Le texte définit la famille autour du mariage entre un homme et une femme, affirme que le sexe humain est masculin ou féminin et demande aux États de protéger l’autorité des parents. Il rejette également les programmes d’éducation sexuelle jugés trop précoces, idéologiques ou incompatibles avec les traditions locales.
Après avoir obtenu l’indépendance politique, les participants estiment que le continent doit désormais défendre son indépendance culturelle. Le président du Parlement ghanéen, Alban Bagbin, a résumé l’enjeu en déclarant que la souveraineté, l’identité culturelle et les valeurs africaines étaient « non négociables » et ne devaient pas être échangées contre une aide étrangère ou une influence politique.
Vingt pays ont soutenu le projet. L’Afrique du Sud s’y est opposée, estimant que certaines dispositions entraient en contradiction avec sa Constitution. Le Mozambique, de son côté, a demandé davantage de consultations avant de se prononcer.
L’Occident ressort son casque colonial progressiste
La réaction ne s’est pas fait attendre. Des associations féministes, des organisations LGBT et plusieurs juristes dénoncent un texte « régressif » qui pourrait fragiliser les droits individuels, la santé reproductive et la protection des enfants. Le projet est notamment accusé de donner à la famille une autorité excessive sur ses membres et d’encourager des politiques discriminatoires.
Ces critiques doivent être entendues, particulièrement lorsque sont évoquées les violences familiales ou les droits fondamentaux des femmes. Mais le spectacle reste savoureux : les mêmes institutions qui célèbrent quotidiennement la diversité culturelle supportent assez mal qu’un continent pratique réellement cette diversité.
L’Afrique est donc invitée à être souveraine, mais avec le règlement intérieur rédigé à Bruxelles, Washington et dans les agences internationales. Elle peut conserver ses tissus, ses danses et ses recettes traditionnelles. Pour la famille, la religion, l’école et la définition des sexes, en revanche, les experts occidentaux préféreraient garder la télécommande.
Deux sexes : la révolution biologique
Le projet de charte affirme notamment que l’humanité se compose d’hommes et de femmes. Une proposition longtemps considérée comme une banalité biologique, mais désormais capable de provoquer des colloques, des tribunes indignées et quelques arrêts maladie dans les départements universitaires spécialisés.
Les promoteurs du texte accusent certains programmes internationaux d’utiliser l’aide financière pour imposer des conceptions étrangères de la sexualité, du mariage, de l’avortement et de l’identité de genre. Ils demandent que les parents conservent la première responsabilité dans l’éducation morale et sexuelle de leurs enfants.
Le débat ne porte donc pas seulement sur l’homosexualité ou la théorie du genre. Il concerne aussi le droit des nations à choisir leurs programmes scolaires, leurs lois familiales et leur modèle social sans dépendre des conditions fixées par leurs bailleurs.
La souveraineté, mais seulement dans le bon sens
Les opposants rappellent que des organisations conservatrices américaines et européennes soutiennent elles aussi ce combat. L’argument mérite examen : une influence étrangère ne devient pas subitement africaine parce qu’elle porte une croix et parle de famille.
Mais cette objection vaut dans les deux sens. Les fondations progressistes, les gouvernements occidentaux et les organismes internationaux financent depuis longtemps leurs propres campagnes sur le continent. Curieusement, cette ingérence-là est présentée comme une assistance généreuse, jamais comme une exportation idéologique.
La future charte devra encore franchir plusieurs étapes avant de devenir un instrument continental. Ses promoteurs espèrent la soumettre à l’Union africaine. D’ici là, l’Afrique vient de rappeler une règle devenue presque inconvenante : l’indépendance ne consiste pas seulement à changer de drapeau, mais aussi à pouvoir dire non aux nouveaux missionnaires.