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© Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi au pouvoir depuis 2014
En 2030, après seize ans au pouvoir, Abdel Fattah al-Sissi promet de quitter la présidence égyptienne. Mais son projet de former les futurs dirigeants à l’Académie militaire pose une question sensible. Quelle place restera-t-il aux acteurs politiques civils ?
Le rendez-vous est fixé à 2030. Samedi 17 octobre, lors d’une cérémonie de remise de diplômes à l’Académie militaire égyptienne, Abdel Fattah al-Sissi a assuré qu’il quitterait la présidence au terme de son mandat. Une décision « définitivement tranchée », selon le chef de l’État, qui exclut toute nouvelle révision de la Constitution.
Pour le président, au pouvoir depuis 2014, le départ ne doit cependant pas s’improviser. Il propose de former une nouvelle génération de responsables au sein même de l’Académie militaire, institution déjà chargée de préparer des cadres civils. Le programme durerait trente mois, soit plus de 7 500 heures d’enseignement, financées par les forces armées.
Les profils visés ? Des Égyptiens âgés de 40 à 50 ans, titulaires d’un doctorat obtenu dans une université reconnue, en Égypte ou à l’étranger. Jusqu’à mille candidats pourraient être accueillis. Ils apprendraient le fonctionnement de l’État, la gestion de ses ressources et leur protection, avec, à la clé, la possibilité d’accéder à la présidence, au gouvernement, au Parlement ou à la tête des gouvernorats.
Une succession sous l’influence de l’armée ?
Une commission placée sous la supervision du président du Parlement, associant ministres, responsables politiques et intellectuels, devra définir les critères d’admission et préparer un texte de loi. Mais une inconnue demeure : ces diplômés constitueront-ils simplement un vivier de candidats, ou ce parcours deviendra-t-il une voie privilégiée vers les plus hautes fonctions ? Al-Sissi n’a pas précisé comment ils seraient proposés au suffrage des électeurs.
La promesse présidentielle a aussi un précédent constitutionnel. En 2019, une révision avait porté de quatre à six ans la durée des mandats et permis à l’ancien général de briguer une troisième présidence. Réélu en décembre 2023 avec 89,6 % des voix, il aura dirigé l’Égypte pendant seize ans en 2030.
C’est surtout le choix de l’armée comme pépinière des futurs dirigeants qui retient l’attention. Depuis le renversement en 2013 du président élu Mohamed Morsi, les militaires ont consolidé leur rôle dans l’appareil d’État et l’économie. Dans son rapport 2026, Human Rights Watch décrit un espace politique toujours étroit, marqué par la répression de la contestation et des élections peu concurrentielles.
En annonçant son départ, Al-Sissi dessine donc déjà les contours de l’après-Sissi. Reste à savoir si cette préparation ouvrira véritablement le jeu politique, ou si elle en fixera les règles à l’avance.
Africa24monde avec Ecofin Par Fiacre E. Kakpo